Le cahier de laboratoire scientifique dans tous ses états : du papier au numérique

19 Mars 2002


Programme


Ouverture du colloque

Jean-Jacques DUBY, Directeur Général de Supélec

Supélec est une école d’ingénieurs, répartie sur trois campus : Gif-sur-Yvette, Rennes, Metz. L’enseignement des deux premières années est identique sur les trois campus, les options de troisième année varient selon les sites. Supélec forme 360 ingénieurs par an. Elle augmente aujourd’hui sa capacité d’accueil pour atteindre 440 diplômés. Son objectif est de former des généralistes dans les sciences et techniques de l’information et de l’énergie. 70% des élèves sont embauchés comme ingénieurs dont 50% dans des fonctions de R&D. Une majorité des élèves sont embauchés dans les secteurs de l’énergie, de l’informatique et des télécommunications, mais de plus en plus se dirigent vers d’autres secteurs industriels (automobile, aérospatial…) ou tertiaires (banque, assurance, audit, conseil...).

Robert DUCLUZEAU, Directeur Général de l’association Ile de Science

L’association Ile de Science, qui organise cette journée, réunit 23 établissements de recherche ou d’enseignement supérieur implantés sur et autour du plateau de Saclay. En application du principe de subsidiarité, Île de science mène des actions de dimension transversale qui rapprochent ses membres, sans se substituer à eux. Chaque année, Ile de Science monte plusieurs journées scientifiques qui développent des thématiques horizontales intéressant l’ensemble de ses adhérents. Les plus récentes ont traité de la brevetabilité du vivant et des logiciels. Depuis 1996, à l’initiative de Gérald Dubray, animateur de la commission traitement et gestion de l'IST en Ile de Science.

Un séminaire par an est dédié cette problématique, secteur qui connaît, en raison du développement des nouvelles technologies, une forte mutation.

L’édition 2001, à l'ENS de Cachan, dont les actes sont consultables sur le site Internet d’Ile de Science, abordait la question des publications scientifiques numériques et notamment des bibliothèque "numériques" au service des chercheurs.

Du cahier à spirales, confident du chercheur, aux systèmes d’enregistrement numérique des données, l’évolution du cahier de laboratoire constitue le sujet du présent colloque, au cours duquel interviendront les praticiens et chercheurs, utilisateurs quotidiens du cahier de laboratoire - sur supports papier ou numérique -ainsi que les fournisseurs de logiciels d’élaboration de cahier de laboratoire. Je tiens à remercier chaleureusement Ghislaine Chartron d’avoir accepté de présider cette journée.

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Allocution introductive

Ghislaine CHARTRON
Maître de conférence en science de l'information et de la communication à l’URFIST-Paris,
Présidente de la journée

L'association Ile de Science s'est intéressée plusieurs fois dans ses dernières journées d'étude à la publication électronique des résultats de la recherche. La thématique de cette 9e journée Ile de Science est novatrice en ce qu’elle regarde, cette fois-ci, l’amont du travail du chercheur. Les chercheurs se sont aujourd’hui appropriés l’outil de communication Internet et un de leurs questionnements a trait au processus d’informatisation des données brutes de leur recherche, processus proche de la pratique quotidienne de la recherche. Un mouvement d'intégration entre cet amont (données brutes) et l'aval (publications scientifiques) existe aussi et certaines offres de service qui nous seront présentées aujourd'hui illustreront cette tendance.

Le cahier de laboratoire a été, jusqu’alors dans notre pays, essentiellement appréhendé sous un angle historique. La mission archives du CNRS par exemple, présidée par Odile Velfele, étudie ce document en sa qualité de témoin de la mémoire de la science. L’approche retenue pour cette journée est tout autre : il s’agit de considérer le cahier de laboratoire comme un objet de “la science en construction”, interface entre la science et la société. Les enjeux économiques, juridiques et scientifiques qu’il sous-tend seront analysés. Par nos échanges, nous tenterons de pointer objectivement les avantages et les inconvénients de l’informatisation du cahier de laboratoire, dont nous nous efforcerons de cerner la réalité. En effet, avant la préparation de cette séance, je dois avouer l’étroitesse de ma représentation du cahier de laboratoire. Ce n’est donc pas un hasard si les participants, pour une grande part, évoluent dans les secteurs de la biologie, de la chimie ou encore de la pharmacie, qui le placent au cœur de leurs préoccupations et de leurs décisions.

Au cours de cette journée, les représentants des établissements publics à caractère scientifique et technique - INRA, INSERM, CNRS, CEA (établissement à caractère industriel) - et d’autres institutions confronteront leurs problématiques et leurs expériences ; les chercheurs qui ont expérimenté la version électronique du cahier de laboratoire diront ses attraits et ses freins ; les prestataires de services - choisis en fonction des contacts personnels des uns et des autres - présenteront leurs logiciels d’informatisation de ce document. Ce séminaire s’articulera autour de deux axes. La matinée sera consacrée à l’examen des perceptions, des demandes et des attentes des utilisateurs du cahier de laboratoire sous ses différents supports. Elle se conclura par une table ronde sur les enjeux et les paradoxes de l'informatisation. L’après-midi sera destinée à l’étude des offres de services des fournisseurs de logiciels, dont ils feront une démonstration, ainsi que de celle des retours d’expérimentations.

Je sais que cette journée traitant d’un sujet peu exploré sera passionnante. J’espère que, par les échanges et l’interactivité qu’elle générera, vous trouverez des éléments de réponse à vos interrogations et, à défaut, qu’elle en suscitera de nouvelles. retour

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Le cahier de laboratoire à l’INRA dans un état particulier : le support papier

Nicole CHENE
Responsable du service qualité à l’INRA de Jouy-en-Josas

Je vais vous présenter l’évolution du cahier de laboratoire à l’INRA en m’appuyant sur mon expérience de trente ans de recherche, sur celle, plus récente, de correspondante qualité du centre de recherche INRA de Jouy-en-Josas et également sur celle de responsable nationale de la fonction métrologie.

I. Les motivations à la formalisation du cahier de laboratoire

Le cahier de laboratoire ne peut être dissocié de la politique qualité de l’INRA conduite à partir de 1993, sur proposition de la direction des relations industrielles et de la valorisation alors dirigée par Marion Gioux Guillou, notre directrice générale actuelle. Dans une première phase, des “missionnaires” ont familiarisé les directeurs d’unité à la démarche qualité. Puis, Marie-André Piedallu et Alain Colenot ont, dans un second temps, étoffé cette approche par une sensibilisation à l’utilisation des cahiers de laboratoire, dispensée dans chacun des centres INRA de l’hexagone, des Antilles et de la Guyane.

La rigueur, la responsabilité et la confiance sont les préalables de toute démarche qualité, que la formule choc suivante résume parfaitement : “dire ce que l’on fait, faire ce que l’on dit, prouver ce que l’on fait”. A l’INRA, la politique qualité a été déflorée par une déclaration de la direction générale de mars 2000, par laquelle toutes les unités de recherche et les unités expérimentales sont invitées à “s’engager, d’ici la fin 2003, à respecter deux critères : la fiabilité des résultats mesurables et la traçabilité des travaux de recherche” - du projet à l’article -. Par traçabilité, on entend la préservation de la mémoire et la possibilité de retrouver l’historique d’une recherche au moyen d’identifications enregistrées, fondements d’une bonne pratique de recherche en dehors de tout référentiel. “Prouver ce que l’on fait” suppose de pouvoir attester de l’authenticité, de l’originalité et de la paternité des résultats tout en les protégeant. Le cahier de laboratoire représente, dans cet environnement, une pièce juridique incontournable.

En consignant toutes les étapes de l’acquisition des résultats le cahier de labo, en les consignant, il permet la transmission et la préservation du savoir et du savoir-faire. Il est le témoin de l’état de la recherche lors du dépôt de brevet. Depuis 1999, les Etats-Unis, où le premier inventeur est le garant du brevet, acceptent les écrits des cahiers de laboratoire des pays européens. En France, le brevet n’est pas toujours déposé par le premier inventeur. Toutefois, dans ce contexte, ce dernier conserve le droit, le cahier de laboratoire faisant foi de la chronologie de ses travaux, d’exploiter sans contrefaçon sa recherche. De même, la recherche publique s’adjoignant de plus en plus fréquemment des partenaires privés, il importe de maîtriser l’historique du déroulement de la recherche contractuelle – et les contributions de chacun. Seul le cahier de laboratoire le certifie. Il en va ainsi pour les travaux d’expertise, son caractère juridique, dans ce cadre, étant exacerbé par l’actualité du principe de précaution.

Le cahier de laboratoire, gage de la traçabilité des travaux des chercheurs, s’habille de différents supports : le papier - forme la plus répandue à l’INRA -, le disque optique (disquette), le compact disque ou la puce électronique.

II. Les modalités de la formalisation du cahier de laboratoire

Pour obtenir le statut de preuve juridique, le cahier de laboratoire doit être formalisé. Les types de cahiers INRA sont divers - à spirales, reliés, fascicules à insérer dans des classeurs à anneaux, etc. - et fonction des besoins et des souhaits des agents. Depuis 2000, 14 000 cahiers ont été distribués dans les centres INRA et les demandes ne cessent de croître.

Un guide d’utilisation très fourni, écrit par un comité d’expérimentateurs, est consultable sur l’Intranet de l’INRA. Il pose les conditions à l’élaboration d’un cahier de laboratoire juridiquement recevable. Ainsi, il doit être relié et numéroté ; lisible et compréhensible ; écrit à l’encre noire indélébile. Les corrections, ajouts et retraits doivent être signés et justifiés. S’applique le principe de corroboration ou de contre-signature : la personne effectuant la manipulation la transcrit sur le cahier ; celle-ci est vérifiée par un chercheur informé de la démarche scientifique mais qui ne co-déposera pas le brevet. Le guide d’utilisation fait également mention de conseils et d’astuces pour une tenue irréprochable du cahier. Il préconise notamment la mise en place d’un sommaire détaillé, afin de gagner du temps lors de la recherche, l’utilisation d’un cahier maître, qui répertorie l’intégralité des cahiers distribués pour un même thème dans le cas d’une multiplicité d’expérimentateurs. Il précise, lors de collage de documents originaux, d’apposer le cachet simultanément sur la page du cahier et le document collé et, lorsqu’il s’agit de copies, de se référer, de manière impérative, à l’original.

Ainsi que l’a décrit S. Preignan : “La tenue d’un cahier de laboratoire a un caractère contraignant. Mais celui-ci est compensé par un apport notable dans le domaine de la capitalisation du patrimoine intellectuel”. Le cahier de laboratoire, en cumulant par l’écrit le savoir et le savoir-faire, est notre mémoire vivante.

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Débat avec la salle

François BUCHY, Thalès

Ma question touche à l’exploitation des résultats du cahier de laboratoire. Des relations organisées sont-elles établies avec le service des brevets ? Comment les informations sont-elles triées ? De quelle manière isolez-vous celles qui s’avèrent brevetables ?

Nicole CHENE

Le brevet est déposé par la personne qui a effectué la recherche. Pour qu’il soit valide, les résultats doivent épouser la forme juridique adéquate. Par ailleurs, le hasard ne souriant qu’aux esprits éclairés, l’issue de la recherche n’est jamais certaine. Dans le cadre d’un partenariat visant le dépôt de brevet, le cahier de laboratoire prendra la forme juridique la plus aboutie. Toutefois, un cahier de laboratoire tenu dans la rigueur prescrite sans cette perspective pourrait également y conduire.

Robert DUCLUZEAU

Je crois qu’il existe une nuance, dans le temps et l’objectif, entre les instituts de recherche publique et les laboratoires privés dans l’utilisation du cahier de laboratoire.

En effet, la formalisation de ce document est largement antérieure chez les seconds. Ceci est logique car le chercheur public vise la publication d’un article, que fonde le cahier de laboratoire quand son homologue du privé tend, par ce même biais, à la reconnaissance de résultats, qui deviennent propriétés de son établissement.

Nicole CHENE

Pour pouvoir s’inscrire dans le cadre de partenariats avec les établissements privés – précurseurs de la démarche qualité – es recherches doivent être formalisées. L’INRA, par une politique volontariste – d’accréditation, de certification, etc. – s’oriente vers une recherche de développement.

Madame KOUM BESSON, pôle qualité de l’INSERM

Qu’appelez-vous un cahier maître ?

Nicole CHENE

Le cahier maître résume la distribution générale de tous les cahiers de l’unité. Il peut être affecté à un sujet, à une pièce si un appareil l’exige, etc.

Céline BONAMI, CNRS

Comment sont gérés et archivés vos cahiers de laboratoire ?

Nicole CHENE

Les cahiers de laboratoire sont édités par l’imprimerie nationale puis distribués, en fonction de la demande, dans chaque centre par l’intermédiaire d’un correspondant qualité. En circulation depuis trois ans, ils ne sont pas encore archivés. Nous sommes plutôt confrontés à des problèmes de stockage et de proximité.

A l’avenir, nous pourrions imaginer des centres d’archivage commun répondant aux normes de conservation des documents.

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La problématique du cahier de laboratoiredans la recherche pharmaceutique

Anis KADOURI, Laboratoire GlaxoSmithKline

GlaxoSmithKline est un laboratoire pharmaceutique, dont le centre de production se situe à Evreux, le siège social à Marly-le-Roy et le centre de recherche aux Ulis. Cette recherche est axée sur et autour de l’identification de composés et molécules en tant que médicaments, qui fait appel aux sciences biomédicales au travers des disciplines et des techniques variées (chimie médicinale, combinatoire et analytique, biochimie, biologie cellulaire et moléculaire, pharmacologie, physiologie, génétique, modélisation moléculaire, histologie, etc.). Mon exposé portera sur l’analyse de la problématique, du cahier de laboratoire sur supports papier et électronique, qui nous préoccupe depuis plusieurs années. En effet, les solutions diffèrent selon les domaines considérés. J’exclurai de mon propos les cahiers de laboratoires dans le Développement pharmaceutique qui concerne notamment la formulation et la démonstration de l’efficacité, de la tolérance et de la sécurité du médicament, et dont la démarche et le besoin différent de ceux de la recherche .

I. Les objectifs du cahier de laboratoire

Par l’enregistrement de données expérimentales attribuables, datées, complètes, précises et vérifiables, le cahier de laboratoire fige et pérennise les résultats vitaux pour le processus de R&D et les érige en références. Ceux-ci doivent permettre la réplication exacte des études et servent de preuves légales de l’innovation et de l’antériorité des découvertes, essentielles dans l’arbitrage de la compétition qui sévit entre des laboratoires qui évoluent dans des domaines similaires et travaillent dans des temps identiques.

Qu’il soit sous format papier ou électronique, le cahier de laboratoire doit être de manipulation aisée et respecter les contraintes liées à la confidentialité. La teneur de cet outil se conforme aux règles de la propriété intellectuelle et répond aux aspects réglementaires d’une bonne pratique de laboratoire.

II. La formalisation du cahier de laboratoire

Nous distinguons trois types de cahiers : le cahier à expériences ; le cahier à idées, appelé à authentifier l’origine d’une idée ; le cahier de maintenance dédié à un appareillage ou à une culture cellulaire. Je vais détailler, pour l’exemple, le contenu de deux cahiers de laboratoire. Les données expérimentales à consigner pour un chimiste sont les suivantes : une référence unique par expérience ; un titre et un but ; un schéma rédactionnel ; les matériels et conditions de la réaction ; la technique de séparation, cristallisation, etc. ; l’interprétation, le rendement, la référence spectroscopique, les données physico-chimiques ; le bilan et les conclusions. Le biologiste devra également suivre cette trame, en la complétant par une série de données hétéroclites à joindre ou référencer (images ou photos de gels, tableaux de valeurs, graphes, structures moléculaires, plan de plaques, etc.).

Le cahier papier doit être relié, numéroté, affecté à une personne ou à un groupe et se compose d’une page titre, d’une page signée des chercheurs et des témoins, de pages index ou de sommaires, d’un résumé des instructions que l’agent doit appliquer, des pages d’enregistrement des données comportant un en-tête (titre et référence) et un pied de page (date et signature du chercheur et du témoin). Par ailleurs, il importe qu’il soit rempli dans un délai raisonnable, proche du rythme de la découverte, le décalage entre la date de signature de l’auteur et celle du témoin influant sur celle de l’invention.

Nous avons construit des bases de données synthétisant les cahiers de laboratoire, les rendant accessibles au plus grand nombre de chercheurs, qui ont ainsi l’opportunité de s’enrichir de l’expérience de leurs collègues. Le microfilmage, obligatoire, forme le support de la consultation. De surcroît, nous avons mis en place la numérisation des cahiers (sous forme d’images du cahier ou du microfilm) consultables sous fichiers PDF.

III. Les paradoxes et les limites du cahier de laboratoire sur support papier

L’outil informatique est omniprésent dans le quotidien du chercheur. Pour autant, il ne peut l’utiliser directement ou immédiatement pour la constitution de son cahier de laboratoire. En outre, les bases de données, actualisées et efficaces, gèrent uniquement les résultats finaux mais elles ne permettent pas d’accéder aux moyens et aux processus par lesquels ils sont produits. Les risques d’erreur de transcription sont importants. De plus, le cahier papier est composite et multiforme, le collage s’avérant, sur le papier, la seule manière de fédérer. L’authentification de chacun des actes du cahier, à la naissance des contentieux, se révèle fastidieuse.

IV. Le cahier de laboratoire électronique

Le cahier de laboratoire électronique doit pouvoir reposer sur un système informatique adapté aux saisies multiformes qui satisfasse aux standards de l’authentification, de date certaine électronique - par un tampon électronique – et de l’audit-trail – méthode de suivi des évolutions d’un document -. Les instructions relatives à l’enregistrement, au stockage et à la certification des données sont déterminées par l’article 21 du Code of Federal Regulation part 11 établi en 1997 par la Food and Drug Administration, afin de limiter les transactions de papier entre les laboratoires pharmaceutiques et les organismes publics en vue du dépôt de nouveaux médicaments.

Les cahiers de laboratoire électronique se sont développés dans plusieurs domaines (le séquençage et la chimie modélisation notamment). Les solutions sont fonction des secteurs d’application. En effet, il n’existe pas une solution permettant de traiter la diversité des techniques et des données. La validité des systèmes d’information au regard de la signature électronique et de l’audit-trail n’est pas encore tout à fait admise, la confiance en cette méthode jeune n’étant pas encore établie. En revanche, la réglementation s’est saisie de ces enjeux et seul le champ de la propriété intellectuelle demeure frileux devant ces mutations pourtant structurantes. Tandis que des solutions émergent dans le domaine du développement, il faut bien avouer que celui de la recherche lance ses premières études.

V. Quelle solution pour la recherche ?

Deux orientations se dégagent. Le cahier de laboratoire électronique peut se matérialiser, d’une part, par des documents de type traitement de texte – avec une possibilité d’insertion d’opérations “copier/coller” – ou tableur, lorsque les expérimentations nécessitent la réalisation de calculs, de tableaux ou de graphiques ou d’autre part, par une base de données avec des interfaces de saisies et un module de sortie PDF ou une impression de cahier aux fins de microfilmage et d’archivage. Par le cahier de laboratoire électronique, les recherches sont facilitées et les bases de données recensent l’intégralité du contenu des cahiers. Le bémol réside dans la lisibilité, toute relative, sur un écran d’ordinateur.

La solution impose une infrastructure informatique ad hoc et fiable, des ordinateurs portables – à l’instar des cahiers que le chercheur emporte souvent avec lui -, un système d’authentification par biométrie ou empreinte digitale et de signature électronique via une carte à puce sécurisée, étant entendu que les problèmes de confidentialité ne sont pas encore totalement levés. Il importe de développer des applications de cet instrument électronique par métier. Cette démarche vers l’institution d’un cahier de laboratoire électronique implique un travail d’équipe – et, notamment une forte implication de l’équipe de propriété intellectuelle – ; le choix d’un cahier initiateur, dénominateur commun à tous les métiers ; d’être itérative pour coller à l’évolution des méthodes et des techniques.

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Débat avec la salle

Robert DUCLUZEAU

L’important, ce n’est pas tant d’avoir eu une idée que d’avoir su la transformer en une problèmatique de recherche ! Revendiquer l’antériorité d’une idée, en brandissant le cahier à idées, pour interdire aux autres de s’en servir me paraîtrait, si tel devait être l’objectif avoué ou non de cet outil, très choquant !

Anis KADOURI

Cette notion, importée du monde anglo-saxon, est apparue suite au règlement, par le cahier à idées, d’un conflit entre deux laboratoires qui avaient découvert dans le même temps une molécule.

Un intervenant

Je ne crois pas aux vertus du cahier à idées ! N’oublions pas que les enregistrements ne nous confèrent aucun droit mais simplement des certitudes sur des réalisations. La législation américaine permet de déclencher une procédure d’interférence dès qu’intervient une contestation sur l’antériorité. Il s’agit plus de faire montre de diligence dans la conduite des expériences que de s’assurer que l’idée a bien été consignée. Dans cette optique, revenir à une tenue rigoureuse d’un cahier de laboratoire me paraît opportun et suffisant.

Anis KADOURI

Le concept, récent, a suscité et suscite de nombreux débats. Il pose en filigrane les questions suivantes : qui est autorisé à avoir des idées ? qui peut ensuite prétendre les mettre en œuvre ?

Bernadette BOUNOLLEAU, CEA

Le cahier de laboratoire est aujourd’hui bien accepté par les chercheurs. Subsiste la question majeure du visa. Qui est habilité à valider l’expérimentateur ?

Anis KADOURI

GlaxoSmithKline a exclu la validation par la voie hiérarchique. Elle incombe à un collègue de même discipline, qui ne peut être un co-inventeur, informé du travail réalisé. Par conséquent, dans les centres de petite taille ou les petites unités c’est plus complexe à mettre en place, dans cette optique.

Pierre BREESE

La notion de témoin résulte de la logique américaine. En effet, aux Etats-Unis, le mensonge présente un caractère pénal. Il constitue un délit. Ce fait juridique donne toute sa force et sa valeur à la contre-signature. J’ai étudié une centaine de cas de jurisprudence posant la question de l’interférence. Il en découle que le témoin ne doit pas être membre de la même équipe de recherche, bien qu’il puisse appartenir à un même organisme et doive être en mesure de comprendre le contenu du travail à valider.

Un intervenant

Refuser cette mission à la hiérarchie ne me semble pas justifié. Il me semble juste que le responsable du laboratoire ne contresigne pas les cahiers. En revanche, il est fondamental que le responsable de la propriété intellectuelle les vise dans un bref délai. Il doit lire et comprendre et, pour ce faire, peut convoquer le chercheur pour discuter. La jurisprudence me paraît avoir seulement privé de contreseing le co-inventeur.

Anis KADOURI

La procédure interne de validation de la recherche que je viens de décrire n’a pas vocation à être transposée.

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Le cahier de laboratoire de l’écrit au numérique : aspects théoriques, juridiques et pratiques

Pierre BREESE, Société Breesé-Majerowicz

Physicien et juriste, j’ai débuté ma carrière dans la recherche publique avant de créer un cabinet spécialisé en droit de la propriété intellectuelle. Les motivations à la tenue d’un cahier de laboratoire

Le cahier de laboratoire est un instrument bon marché et peut produire des idées significatives. Il permet de construire la mémoire scientifique, en évitant ainsi de réinventer l’existant. Cette finalité agit sur le fonctionnement quotidien, rendu plus efficace, des structures de recherche, qui, en ayant le souvenir des protocoles et des résultats, sont en capacité de refaire les expériences. L’impact patrimonial du cahier de laboratoire est primordial. Nous évoluons vers une société de l’immatériel – à différencier de l’irréalité. Le cahier de laboratoire contribue à conférer une réalité à des connaissances, non pas en vue de se les approprier et d’empêcher leur circulation, mais bien pour pouvoir en identifier la nature et le statut dans des perspectives d’échanges entre les communautés scientifiques. Par la tenue rigoureuse d’un cahier de laboratoire, les risques de fraude scientifique sont minorés. Issu du monde de la recherche médicale, je développe une sensibilité toute particulière à ce thème, quelques cas tristement célèbres l’ayant aiguisée. Je sais que des directeurs de laboratoire peu scrupuleux ont exigé de jeunes collaborateurs qu’ils lissent des courbes dentelées… D’un point de vue scientifique, cette pratique est choquante, quand il s’est avéré que des pans de la science se sont développés à partir d’un résultat anormal obtenu lors d’une expérience !

La notion de savoir-faire se définit juridiquement, conformément à une directive communautaire et sa jurisprudence, comme un ensemble substantiel et formalisé de connaissances. Pour le secteur marchand, il est précisé qu’il génère un avantage compétitif. L’information assimilée devient connaissance; la connaissance structurée devient savoir-faire, duquel peut naître un brevet – ultime formalisation dans la recherche. Dans cette équation, le cahier de laboratoire est un moyen de formalisation de connaissances présentant une certaine consistance. Plus on s’achemine vers une formalisation poussée, plus on progresse dans le niveau d’appropriation. Le respect du brevet, titre de propriété industrielle, est garanti par l’autorité publique. Le savoir-faire peut être qualifié de bien incorporel, qui appelle une certaine appropriation. Il est ainsi possible de conclure un contrat de mise à disposition d’un savoir-faire, élément de patrimoine, moyennant une contrepartie financière.

La notion de capital humain ne fait pas sens, puisqu’elle implique de posséder des hommes dans des sociétés où l’esclavage a disparu… En décidant de progresser sur l’axe de la formalisation pour bâtir des actifs incorporels – et, de la sorte, muter du stade de la connaissance à celui du savoir-faire – des procédures doivent être mises en place. Le cahier de laboratoire en est une, fiable, de nature à favoriser cette évolution. Il faut toutefois admettre que son utilisation peut, dans un premier temps tout au moins, créer un mécontentement du “capital humain” ainsi valorisé…

I. Les effets juridiques du cahier de laboratoire

Le droit de possession antérieure reconnu via le cahier de laboratoire constitue son plus fort impact juridique. Dans la plupart des pays - à l’exception des Etats-Unis -, les droits liés au brevet appartiennent au premier déposant. Cette règle se révèle injuste. En effet, lorsque plusieurs équipes scientifiques étudient un même sujet, il est fréquent qu’elles aboutissent à des solutions identiques. Or, le second déposant, même si l’idée lui revient, ne bénéficie d’aucune retombée de sa recherche. Le brevet confère un droit exclusif d’exploitation, cependant non opposable à des fins de recherche. Les modalités d’application de ce droit de possession antérieure diffèrent selon les pays. En France, le chercheur démontrant qu’il était détenteur du concept inventif préalablement à la date de dépôt du brevet par son compétiteur obtient la possibilité de poursuivre l’exploitation, bien que son concurrent soit titulaire d’un brevet valable. La problématique du brevet touche essentiellement les entreprises industrielles, le droit s’y rapportant n’étant pas transférable. Aux Etats-Unis, le droit à l’invention appartient au premier inventeur, pour autant qu’il ait déposé un brevet. Jusqu’en 1985, dans le cas de procédures d’interférence, ce pays ne considérait que les cahiers de laboratoire établis sur son sol. Cette pratique se justifiait par le droit pénal américain, au regard duquel les modes de témoignage européens apparaissaient peu crédibles. Depuis cette date, tous les cahiers de laboratoires doivent être pris en compte, asseyant ainsi leur valeur. Ils sont un outil de la traçabilité indispensable dans le cadre, notamment, des partenariats et des inventions des salariés.

II. La formalisation du cahier de laboratoire

Je baserai mon propos sur l’exemple du cahier de laboratoire commercialisé par la société Advance. Il se présente en feuillets détachables à fixer dans un classeur à anneaux, forme intermédiaire entre le manuscrit et le numérique. Chaque page est authentifiée par un numéro unique édité par une société d’impression fiduciaire et scellée par un hologramme transparent, ce qui empêche la reconstruction de fiches. En outre, il facilite le report de données provenant du matériel d’analyse (graphiques, séquences, etc.), en limitant le recours aux collages.

III. La solution numérique

Le démonstrateur de cahier de laboratoire numérique, à la réalisation – financée par le ministère de la recherche – duquel la société Communication et Système et mon cabinet ont été associés, entrera en phase commerciale dans le courant du mois de mai. Cette solution consiste à installer un applicatif qui, à partir d’un fichier quelconque, calcule un condensat. Celui-ci est obtenu d’une fonction générant une séquence numérique, dont il est improbable qu’elle soit commune à deux fichiers. Il est transmis, par le biais d’Internet, à un serveur, qui assure l’horodatage et produit un fichier constitué de la combinaison entre le condensat, l’heure et la date, signé par une clé privée de l’autorité de certification. Ce dernier est ensuite ré-acheminé au poste suivant, qui en assurera la conservation. Cette procédure se déroule de manière transparente, via une interface simplifiée, pour l’utilisateur.

Le cahier de laboratoire numérique, pour être reconnu comme moyen de preuve, doit pouvoir s’archiver. Dans l’exemple que je viens d’évoquer, la responsabilité de l’archivage est déléguée à l’utilisateur, qui n’est souvent pas le mieux positionné pour tenir ce rôle, toute défaillance de son poste étant, de ce point de vue, lourde de conséquences. Deux variantes sont aujourd’hui imaginées. La première intègre un serveur d’archivage local, qui véhicule les données vers le disque dur d’un ordinateur dédié. La seconde, en cours d’élaboration, collabore avec une société d’archivage.

Une directive communautaire transposée dans le droit français précise le cadre réglementaire de la recevabilité de la preuve. Ainsi, la signature électronique, qui respecte le formalisme décrit par les décrets d’application, produit les mêmes effets juridiques que son pendant manuscrit. L’obstacle demeure, dans cet aspect des choses, psychologique et est accentué par l’absence de jurisprudence sur cette législation récente.

Le cahier de laboratoire, quel que soit la nature de son support, doit adopter une forme s’insérant naturellement dans l’environnement quotidien du chercheur. Il importe de le préférer simple, pragmatique, conforme aux normes plutôt qu’alambiqué mais utopique. Un formalisme insuffisant gâche l’effort du chercheur, en le privant des garanties juridiques attendues. Par ailleurs, la mise en place du cahier de laboratoire doit découler d’un cahier des charges réaliste établi en amont.

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Table ronde

Ghislaine CHARTRON

Cette table ronde se veut un prolongement et une ouverture des débats de la matinée.

En sus des trois intervenants, ont été conviés Bernadette BOUNOLLEAU du CEA, Patrick ZABORZKI du CNRS et Marie-Florence BREDECHE de l’INSERM, qui nous feront un point sur l’avancement de la problématique du cahier de laboratoire dans leurs institutions respectives. Je propose également que nous partagions nos analyses des différents paradoxes de la mutation de support de cet outil. En effet, le cahier de laboratoire semble devoir répondre à des fonctions sociales très diverses. Il constitue un vecteur essentiel d’une démarche qualité. Document par essence scientifique, il mue, dans ce cadre, en document administratif. Historiquement, le cahier de laboratoire est vécu comme un objet personnel, lié à un chercheur ou à une équipe. S’opposent, me semble-t-il, une conception créative et intime à une conception normalisée visant la performance. Peut-il simultanément satisfaire le chercheur dans sa démarche intellectuelle et l’institutionnel d’un point de vue juridique et administratif ? Doit-il rester unique ? Par ailleurs, le cahier de laboratoire est associé à un écrit personnel, tandis qu’il lui est demandé aujourd’hui de refléter une réflexion collective. En outre, jusqu’à un passé récent, il témoignait de la mémoire de la recherche interne, quand on lui octroie aujourd’hui un rôle d’interface entre la société et la science.

Marie-Florence BREDECHE, ingénieur à l’unité 571 de l’INSERM

Nous essayons de mettre en place un cahier de laboratoire électronique, sur un projet de François Tadii qui, en relation avec Madame Koum-Besson du pôle qualité de l’INSERM, souhaite impulser une démarche qualité au sein de notre laboratoire. Cette dernière est multiforme puisqu’elle s’organise autour, certes, du cahier mais intéresse plus largement la gestion des activités de l’unité (par celle du matériel et des produits notamment). J’ai été amenée à collaborer à ce projet car, par le passé, j’ai travaillé dans un laboratoire pharmaceutique qui utilisait une version électronique du cahier. Ainsi, avec l’aide de stagiaires informaticiens, nous avons élaboré un cahier de laboratoire électronique qui se révèle trop ambitieux. Je précise que la fonction “souchothèque” - base de données qui gère les protocoles, les produits et les bactéries - du cahier de laboratoire donne entière satisfaction. Les chercheurs ne comprennent pas la cohabitation entre cette part électronique, efficace et fiable, et le support papier imposé par l’INSERM. Par ailleurs, ils qualifient souvent le cahier de “big brother”. Ils affectionnent dans la recherche la souplesse et la liberté et tolèrent difficilement d’être supervisés, d’autant plus dans notre unité qu’il s’agit d’une recherche fondamentale, sans application directe. Ils sont souvent hermétiques aux démarches de traçabilité touchant leurs travaux.

Ghislaine CHARTRON

L’INSERM a diligenté une enquête sur la diffusion des cahiers de laboratoire dans ses unités. La réalité de l’utilisation de cet outil a t-elle pu, à cette occasion, être mesurée ?

Mme KOUM BESSON de l’INSERM

Nous savons que 90% des laboratoires sont équipés en cahiers. Les modalités de leur utilisation n’ont pas été étudiées. Nous organisons parfois une formation intitulée “Le cahier de laboratoire et la traçabilité. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le cahier de laboratoire”, que j’anime. Nous rencontrons des difficultés dans leur distribution, puisque l’INSERM n’a pas désigné de correspondants qualité. En effet, les personnes chargées de cette mission se plaignent de la surcharge de travail qu’elle implique.

Patrick ZABORSKI, chercheur, responsable Assurance-Qualité et Partenariat à l’unité de génétique moléculaire et de biologie du développement du CNRS de Villejuif

Cette unité se compose d’une quarantaine de personnes. Elle est engagée, depuis deux ans, dans une démarche qualité.

Je la conduis dans son acception industrielle, bien qu’un cahier de laboratoire, dans un institut public, consigne des expériences cognitives, éventuellement valorisables mais non formalisées dans ce dessein. J’assume également, au sein de cette unité, la responsabilité des partenariats, nombreux, et de la formalisation des relations avec nos partenaires. Il importe, en effet, de structurer les échanges, afin de préserver la confidentialité des recherches et les intérêts des parties. Située sur un pôle de recherche sur le cancer en collaboration avec l’Institut Gustave Roussy, l’unité s’occupe d’expression génique, problématique essentiellement tournée vers la génomique humaine et intéresse, à ce titre, les laboratoires pharmaceutiques et les recherches sur le cancer notamment. Ce contexte particulier a favorisé la mise en place d’une procédure Qualité. En conséquence, les bonnes pratiques de laboratoire ainsi que les cahiers ont été réhabilités.

J’ai devancé l'action de la "mission cahier de laboratoire" du CNRS en élaborant un exemplaire aujourd’hui amicalement imposé à tous les ressortissants de l’unité. Bien que manuscrit, il s’inscrit dans le cadre normatif en vigueur. Bien entendu, nous sommes sensibles aux chants des sirènes électroniques. Nous avons testé l’e-knowledge et entretenons des contacts avec d’autres fournisseurs de logiciels (dont Kalabie). Les remarques formulées par les chercheurs, qui ont porté essentiellement sur l’archivage des données et l’absence d’une solution intégrale électronique, ont aidé à l'élaboration de la forme commercialisable de ce produit. S’agissant de l’horodatage et de la certification, il m’est apparu quasi-infaillible et d’une maniabilité exceptionnelle. Il ne règle naturellement pas la question de la sélection des éléments à certifier et soulève celle de la personne habilitée à la réaliser et, par induction, à repérer les expériences valorisables, qui, dans la recherche fondamentale, ne peuvent être, par définition, anticipées. Toutefois, de par ses nombreux contrats avec l’industrie pharmaceutique, notre unité se distingue, puisqu’elle se doit d’atteindre des objectifs de validation de médicaments anti-cancéreux par des profils d’expression. Notre démarche Qualité emprunte une terminologie industrielle pour laquelle la recherche publique n’est pas familiarisée.

A mon sens, une démarche Qualité au sein d’un laboratoire portera ses fruits uniquement si elle repose sur un système de management électronique. Notre unité s’est orientée vers une solution numérique totale visant l’estampillage par un code barres de chaque ressource humaine, documentaire, matérielle, de chaque cahier, ainsi reliés à un serveur Oracle, qui sera le reflet exhaustif de la mémoire du laboratoire et traduira l’état de gestion de ce dernier dans son intégralité. Cette technique rejoint celle des workflow appliquée dans l’industrie (LIMS). Dans notre unité, le caractère dit « big brother » ou « œil de Moscou » a été gommé en instituant une contrainte ! En effet, pendant la période de lancement des cahiers, les produits étaient commandés pour le chercheur (ou l'ingénieur) sous réserve que celui-ci présente son cahier de laboratoire, sur lequel devaient figurer le but, l’intérêt, les produits et les attendus de la manipulation. Par cette contrainte d’une régularité rédactionnelle, le chercheur gagne du temps dans l’élaboration de ses articles.

Bernadette BOUNOLLEAU, Direction des sciences du vivant (Pôle Recherche) / CEA

En 1997-1998, quand le Directeur des sciences du vivant a décidé d’initier une démarche qualité via la traçabilité et le cahier de laboratoire papier, la question de la numérisation du support était prématurée. Des cahiers standardisés, simples, édités sur papier, s’intégrant naturellement aux habitudes des agents, ont été distribués à partir d’octobre 1998, le numéro de cahier étant automatiquement fourni par un logiciel d’attribution de numéros. A ce jour, 2 950 cahiers ont été attribués à 700 statutaires CEA, 300 à 350 statutaires non-CEA - INSERM, CNRS, INRA, université - et 250 à 300 doctorants ou « post-doc ».

Nous disposerons très bientôt du retour de cette expérience, puisqu’une campagne d’audit de cahiers de laboratoire s’achève au début du mois d’avril. Nous savons déjà que, globalement, ils sont bien utilisés, quoique certains chercheurs n’aient pu se départir de leur cahier personnel de manipulations. Depuis janvier 2002, sur demande du Directeur, l’utilisation du cahier de laboratoire est deveue systématisée. La question du visa est mal comprise des chercheurs, et son organisation, dans des secteurs très pointus de la recherche, n’est pas aisée. Par exemple, quel chercheur est en capacité de valider les travaux des spécialistes qui ont mis au point le test sur les prions ? De fait, de nombreux cahiers ne sont pas contresignés. C’est l’écart le plus patent par rapport au référentiel, qui est la procédure de tenue et de gestion du cahier de laboratoire ; ceci implique une réflexion.

Nous n’excluons pas l’usage ultérieur du cahier de laboratoire électronique. Pour autant, il ne faut pas brûler les étapes mais plutôt se satisfaire du constat que toutes les unités utilisent aujourd’hui le cahier papier standardisé. A titre personnel, je suis dubitative quant à la pérennité des données informatisées. Qui peut aujourd’hui lire une disquette 5 pouces ? Il semble, par exemple, que le CDRom soit crédité d’une durée de vie de 10 ans. A ce jour, bien qu’intéressés par les évolutions de support du cahier de laboratoire, nous utilisons la version papier. Il n’est néanmoins pas rare que les personnes gravent des CDRom (et même les insèrent dans leur cahier), afin de ne pas amputer la mémoire de leur disque dur. Je soulignerai aussi l’attachement à la manipulation du papier. Les cahiers de laboratoire étant encore jeunes et considérés « vivants », leur archivage ne pose pas de problème actuellement, ils sont conservés dans les laboratoires. Il est, par ailleurs, convenu que le service des archives du CEA à Fontenay-aux-Roses les accueillera en tant que de besoin.

Ghislaine CHARTRON

Je souhaiterais que les intervenants de la matinée reviennent sur les paradoxes posés par le cahier ainsi que sur les incidences, sur le fonctionnement quotidien des chercheurs, de cette demande institutionnelle de traçabilité.

Pierre BREESE

Le cahier de laboratoire modifie le statut de l’élément cognitif, conformément à la règle de physique selon laquelle « l’observateur interagit avec les observés ». Par lui, la connaissance se formalise et devient savoir-faire, dont l’organisation est titulaire, puis éventuellement brevet. Le cahier de laboratoire permet d’éviter que des chercheurs déposent, par une start-up, des brevets, résultats des travaux menés dans leur cadre professionnel… En fonction de la position tenue, cette traçabilité du déroulement de la recherche - et, par ricochet, la transparence de la titularité - rassure ou agace… Le chercheur entretient une relation osmotique avec son environnement : il enrichit le patrimoine cognitif de son organisation mais bénéficie, en contrepartie, des savoir-faire et des connaissances accumulées par elle. Il importe de réfléchir à un mode de reconnaissance, y compris financier, de cette interconnexion. Je vais vous livrer une illustration de cette problématique du transfert de savoir-faire de la sphère individuelle à la sphère collective. Une entreprise italienne confrontée à des difficultés de production a acheté 10 millions de francs un manuel opératoire à une société spécialisée dans la production de lactosérum. Ce manuel était la transcription des connaissances du directeur de production de cette dernière. Sa démission aurait pu lui rapporter 10 millions de francs ! Je crois que la mise en place de procédures de traçabilité doit s’accompagner d’une réflexion socio-économique sur la place respective des contributions individuelles et de celles des instituts publics ou privés.

Nicole CHENE

Il a fallu vaincre l’impression initiale de « flicage » ! La sensibilisation au cahier de laboratoire conduite a atténué ce paradoxe de terrain.

Anis KADOURI

La société GlaxoSmithKline est issue de la fusion entre deux entités aux cultures différentes, aux cahiers de laboratoire distincts et aux méthodes de travail éloignées. Depuis la fusion - qui date d’un an -, nous travaillons à un projet de cahier de laboratoire papier unique, traduction de l’esprit de l’entreprise - émanation de deux cultures -. Ce sujet sensible nécessite la mobilisation des chercheurs et des collaborateurs administratifs. Le cahier de laboratoire est un document scientifique mais aussi administratif. Très formaté, il est imposé par les spécialistes de l’information. En revanche, il est vécu comme un travail supplémentaire, d’autant plus fastidieux qu’il n’est pas numérisé. Bien souvent, le cahier de laboratoire est une succession de collages d’éléments travaillés sur ordinateur. A GlaxoSmithKline, il demeure un écrit personnel, l’écrit collectif découlant d’un travail d’équipe de brainstorming qui débouche sur des idées à matérialiser sous forme d’expériences. Il est un écrit par nature interne et confidentiel mais peut donner naissance à une publication ou un brevet. Les audits dont il a été l’objet sont imparfaits puisqu’ils analysent la forme et délaissent le fond. En conclusion de mon propos, je préciserai qu’il n’est pas la solution à la fraude scientifique.

Catherine CHALEARD, mission qualité du CEA

J’ai, en vous écoutant, l’impression que nous ne parlons pas du même outil, dont le cahier des charges doit être, pour certains, très simple et proche de celui du cahier de manipulations et, pour d’autres, très ambitieux. S’il est une transmission et, par voie de conséquence, une capitalisation de connaissances, il garde son statut de document interne, qui peut évoluer, dans une autre phase, dans l’hypothèse où les travaux qu’il transcrit fonderaient le dépôt d’un brevet. A mon sens, le cahier de laboratoire est frère du cahier de manipulations et permet d’échanger des informations accessibles à tous par la rigueur et le formalisme. Il ne peut être, au vu de la densité de l’activité quotidienne d’un chercheur, un exercice de préparation à la publication...

Pierre BREESE

Lors de la préparation de cette journée, ce paradoxe a été mis en exergue. L’identification probante d’éléments cognitifs constitue la brique fondatrice du cahier de laboratoire. D’autres, optionnelles, afférentes à la circulation, à l’appropriation, à l’exploration des données peuvent lui être ajoutées. Il revient à chaque institut d’organiser, de façon plus ou moins élaborée, l’ensemble de ces modules complémentaires, leur considération exhaustive, d’après mon expérience, ne permettant pas d’aboutir.

Robert DUCLUZEAU

Ma question s’adresse aux représentants des instituts de la recherche publique. Les chercheurs vivant, pour leur grande part, le cahier de laboratoire comme une surcharge de travail, ne risquent-ils pas d’être tentés de s’acquitter de cette tâche a minima et de rester fidèles à leur propre mode d’enregistrement des données ?

Bernadette BOUNOLLEAU

La perception des chercheurs évolue. Ils assimilent aujourd’hui le cahier de laboratoire à un cahier de manipulations amélioré. Les cahiers réservés à des appareillages - et donc multi-utilisateurs - matérialisent un aspect important de cet outil, à savoir la mise en commun de savoirs. En 1991, la direction des sciences du vivant a déposé 2 brevets contre 5 en 2001. L’écart s’explique par les modalités de sauvegarde des données. D’aide à la publication, le cahier s’est transformé en un élément de traçabilité essentiel - dans un contexte où le principe de précaution prime - avec un enjeu scientifique important. Pour ma part, je tiens à souligner les limites des revendications d’appropriation, par le chercheur, des résultats de ses travaux, financés par le contribuable !

Patrick ZABORZKI

J’adhère totalement à ces arguments. Souvent imposé par l’autorité hiérarchique, le cahier de laboratoire ne sera un outil efficace de la démarche qualité que s’il est fait démonstration de son intérêt. Pour qu’il devienne la seconde nature du chercheur, des animateurs qualité doivent, par l’échange, le convaincre.

Marie-Florence BREDECHE

Le directeur de mon unité ne s’investit pas dans la démarche qualité. Le cahier de laboratoire n’est pas imposé. En tant qu’animateur qualité et en l’absence de soutien hiérarchique, je suis cantonnée à encourager les chercheurs à utiliser un cahier, sans toutefois avoir les moyens de la contrainte. Je note que les plus jeunes générations sont beaucoup plus sensibles aux arguments. De nombreux directeurs ne s’intéressent qu’à la qualité scientifique des recherches.

Yves LORRAIN, société MDL

La version électronique du cahier de laboratoire permet-elle de préserver la notoriété du chercheur dans ses découvertes ?

Patrick ZABORZKI

Votre question est intéressante et philosophique. L’accès au cahier de laboratoire papier nécessite d’en référer à son auteur, qui transmet son savoir. Ce contact physique et cet échange disparaissent avec le cahier numérique. Disparaît aussi la relation quasi affective qu'ont certains chercheurs avec leurs écrits. Dans ce sens, la version électronique aura du mal à les séduire.

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Présentation de deux logiciels de cahier de laboratoire électronique

Présentation du logiciel KALABIE

Olivier GRUNITZKI, Yann MURELL et François BEILLOUIN, Société Klee

L’application Kalabie que nous allons vous présenter concernant l’industrie pharmaceutique, je vous rappelle brièvement les grands enjeux auxquels elle est confrontée. Elle consent des investissements massifs sur l’activité R&D, puisque l’exploitation de produits génère des chiffres d’affaires de plusieurs milliards de dollars. Cette activité doit découvrir de nouveaux produits, socle du commerce, dans un contexte d’intense concurrence et de contraintes administratives et juridiques lourdes. Le cahier de laboratoire est imposé au chercheur. L’implémentation d’un cahier de laboratoire électronique répond aux objectifs majeurs suivants : la promotion de la créativité, la capitalisation de la connaissance ainsi que la rationalisation et la sécurisation des démarches administratives et juridiques. Au niveau du chercheur, ces améliorations lui permettent d’éviter la déperdition d’informations, la répétition inutile d’expériences déjà entreprises.

Selon notre perception du chercheur, ce dernier oscille entre vouloir et devoir.

Il veut pouvoir consigner et annoter ses essais ; retrouver et comparer les informations ; agréger des informations de sources et de supports différents ; publier des articles tout en protégeant ses travaux.

Il doit, dans le même temps

  • rendre compte de ses avancements et de l’évolution de ses recherches
  • assurer une confidentialité de ses travaux dans un contexte de multiplication des ponts entre les organismes partager avec des sites distants
  • faire certifier ses travaux.

Kalabie permet de concilier les attentes et les obligations du chercheur.

Notre produit est entièrement paramétrable afin de s’adapter aux contraintes propres aux environnements de recherche adressés.

François Beillouin effectue une démonstration du produit Kalabie, dont il est le responsable au sein de Klee Group, en s’appuyant sur une rétroprojection composée de captures d’écrans.

Il propose aux participants de le rejoindre, à l’issue de cette journée, dans une salle annexe pour une initiation en “live”.

Klee Group puise sa connaissance des processus de la R&D d’une collaboration de plusieurs années avec les entreprises pharmaceutiques et chimiques, au contact desquelles nous avons acquis une connaissance globale du milieu de la recherche. La diversité des métiers qu’elle englobe nous ont amenés à concevoir un produit suffisamment ouvert et paramétrable pour permettre au chercheur de faire ce qu’il veut tout en lui facilitant ses obligations.

L’accès à l’application Kalabie est soumis à une identification de l’utilisateur par login et mot de passe. La page principale, sur laquelle il arrive ainsi, lui permet d’accéder directement à plusieurs types d’informations. Il peut rechercher dans toute la base de connaissances par deux possibilités : des critères de recherche rapide ou plus structurée. Il peut atteindre immédiatement l’essai en cours, ceux à signer ou ses expériences favorites. J’insiste sur la notion de type d’expérience, clé dans le produit Kalabie, puisque, par elle, nous répondons aux problématiques des différents métiers de la recherche. A chaque type d’expérience est associé un circuit de signature. Chaque expérience est transformée automatiquement en un fichier PDF, format pratique à imprimer, à échanger, à consulter et conforme aux exigences réglementaires. Le chercheur qui va créer une expérience soit ouvre un nouvel essai soit complète un essai existant. L’interface de saisie d’expérience comporte plusieurs chapitres, dans le cas présent les cinq suivants : description, réaction, composition, mode opératoire et résultats. Le travail du chercheur est facilité par des interfaces - LIMS, base de données, Internet, etc. - multiples entre-tissées.

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Présentation du logiciel ELAN

Yves LORRAIN, Account Manager et Jean-François LECLERE, Directeur Commercial Europe du Sud société MDL

Jean-François LECLERE effectue une présentation de la société MDL

MDL, filiale d’Elsevier Science, a été fondée en 1978. Notre métier est centré sur les processus de recherche en chimie. Dans le cadre de son développement MDL, a développé son expertisetant en interne que par croissance externe. De même MDL a passé des accords de partenariats mondiaux avec des sociétés ayant développées des expertises très spécifiques. MDL bénéficie d’une implantation mondiale, qui permet de répondre au mieux à la demande de nos clients quelle que soit leur taille. Notre activité concerne la recherche au sens large et se décline en 4 grands domaines : discovery experiment management (prise en compte des expériences et du « workflow » de recherche) ; discovery predictive science (outils de prédiction) ; discovery knowledge (gestion de bases de connaissances, accès à la littérature et à des bases de données dédiées à la chimie, la toxicologie, la pharmacologie, etc.) ; discovery framework (architecture technique dessinée spécialement pour s’appliquer aux activités de la recherche).

Le cahier de laboratoire ne doit pas être réduit à ses seules vertus légales et administratives. Il affecte le quotidien du chercheur. Il doit, en conséquence, soutenir l’ensemble du processus de recherche. Par analogie, le MDL framework pourrait s’apparenté au « génotype » informatique de l’informatique en recherche, dans le cadre du discovery experiment management Elan (Electronic LAboratory Notebook) pourrait être vu comme un « phénotype » spécifique à la chimie

Yves Lorrain effectue une démonstration du produit Elan, en s’appuyant sur une rétroprojection composée de captures d’écrans.

MDL s’est fait connaître avec sa gamme de produits ISIS, cette technologie permet le stockage d’informations chimiques, données alphanumériques, objets graphiques (spectres RNS, chromatographie plaques, etc.) dans des bases de données relationnelles de type ORACLE. Par exemple les outils permettent en dessinant une simple sous structure de pouvoir trouver toutes celles qui lui sont similaires. La solution ELAN que je vous présente se base sur des standards : ORACLE., Microsoft, MDL Isis. ELAN est présenté comme une approche hybride. En effet, en l’absence d’implémentation intégrée d’une solution de signatures électroniques, nous passons par l’édition des documents. L’interface utilisateur est une interface basée sur Word. Elle offre donc à l’utilisateur la possibilité d’insérer facilement tout types objets, des tableaux Excel qui sont généralement très utilisés par la communauté scientifique. Toutes les informations jugées pertinentes pour une recherche ultérieure sont indexées dans une base de données.

La gestion de la structure chimique constitue le cœur de métier de MDL. ELAN offre la possibilité de gérer les expériences. Il est possible de retrouver une expérience par une recherche multicritères comme, son auteur, et de nombreux paramètres expérimentaux afin d’éviter la reproduction de synthèses n’ayant pas aboutie. Il est de même possible à partir d’un fragment de structure et d’un résultat attendu, d’accéder au descriptif des manipulations correspondantes. Elan permet d’automatiser certaines tâches (calcul du poids moléculaire, de rendements, etc.). Une expérience ne sera enregistrée par ELAN que dans la mesure où tous les champs obligatoires auront été renseignés. ELAN peut être configuré de façon à interdire la création d’une réaction à partir de molécules non référencées au sein de la communauté scientifique. Tous les champs étant stockés dans une base relationnelle, il est aisé de les utiliser afin de recherche. Elan propose une gestion des droits des utilisateurs appropriés en fonction de la structure. Les autorisations de consultation sont contrôlées. Aujourd’hui Elan est un cahier de laboratoire spécifique pour les laboratoires de synthèse chimique. De part sa conception, Elan est facilement paramétrable.

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Débat avec la salle

Patrick ZABORZKI

Je crains ne pas avoir saisi la différence entre Word et Elan.

Yves LORRAIN

Derrière le document Word se cache une technologie MDL, VB et ORACLE. Par exemple la boîte réactionnelle est un composant MDL.

Jean-François LECLERE

Word est utilisé comme un client d’application enrichi de fonctions applicatives. Elan gère le cycle de vie des documents. Les documents existent dans différents états.Leur version statique permet de se conformer aux aspects légaux de datation de la découverte. En revanche, leurs différents états sont archivés, puisque chaque expérience est définie par un numéro, un titre et la référence de révision. Il faut donc distinguer la construction dynamique d’un document et son archivage sous une forme figée. Le moteur d’indexation, fait appel a une technologie standard.

Une intervenante, CNRS Paris

La cahier de laboratoire électronique Elan est-il compatible avec Macintosh ?

Yves LORRAIN

Non, par un choix stratégie de l’entreprise. Très peu d’industries pharmaceutiques en utilisent.

Ghislaine CHARTRON

Quel succès pour Elan ?

Yves LORRAIN

Notre outil compte, en Europe, entre 150 à 200 usagers.

François BELLOUIN

Kalabie met en œuvre une approche intégralement électronique. Pour autant, rien ne s’oppose à l’impression de fichiers PDF et au collage dans un cahier de laboratoire. L’authentification s’effectue par une signature électronique cryptée.

Yves LORRAIN

L’informatique a la faculté de bloquer les informations. Ainsi, la date, l’heure et le nom du chimiste s’inscrivent automatiquement, préalablement au démarrage de la saisie de l’expérience. Pour la création et la certification, nous faisons confiance aux tierces technologies.

Jean-François LECLERE

De la même manière, en matière d’accréditation - c’est-à-dire de conformité des solutions informatiques -, nous intégrons la solution retenue par nos clients en fonction de leur choix stratégique.

M. Raynald de LAHONDES, société SIBIO

Quand Kalabie parle PDF, Elan parle Word. La définition des standards diffère. Les deux options sont-elles acceptables au regard de la norme 21 CFR part 11 ?

Yves LORRAIN

Le standard est le fichier PDF.

François BELLOUIN

Il est très difficile d’obtenir la certification 21 CFR part 11 car l’outil est considéré dans son intégration avec les systèmes existant.

Yann MURELL

Ce texte dense reste, sur certains points, très obscur. Une littérature très importante existe à son sujet...

Un étudiant, DEUST biotechnologie de la faculté d’Orsay

Comment s’effectue l’identification de l’utilisateur ? Les données sont-elles cryptées ?

Yves LORRAIN

Elle se réalise par un mot de passe. Par exemple par le cryptage, il arrive que les administrateurs ne puissent pas disposer des données. Il est important de pouvoir mettre en accord le déploiement de l’outil et les contraintes de sécurité.

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Présentation du LIMS par deux laboratoires de recherche

Ghislaine CHARTRON

Nous accueillons maintenant deux chercheurs de l’INRA, dont les unités - qui entretiennent d’étroites relations avec les industries - ont intégré le LIMS (Laboratory Information Management System), une sorte de workflow appliqué à la gestion de laboratoire. Ils positionneront le cahier de laboratoire par rapport à ce logiciel.

I. Le LIMS du laboratoire d’analyse des sols du centre INRA d’Arras (Nicolas PROIX)

L’activité du laboratoire d’analyse des sols d’Arras s’organise autour de quatre axes : la prestation de service ; le transfert (normalisation de méthodes) ; l’expertise agronomique ; la recherche méthodologique. Des clients privés (agriculteurs, bureaux d’études, instituts techniques), des organismes de recherche et des chercheurs de l’INRA le sollicitent pour l’analyse d’échantillons de sols, de boues de stations d’épuration, de solutions d’extraction de sols, de composts, de végétaux (ces trois derniers milieux sont spécifiques à l’INRA). 35 chercheurs gèrent un volume de 30 000 échantillons pour un chiffre d’affaires de 11 millions de francs. Notre système informatique doit pouvoir suivre les échantillons et leur analyse, la facturation des clients et élaborer des programmes de travail. L’actuel - vieux de vingt ans - devenu obsolète, nous développons un système de type LIMS, dont nous espérons qu’il sera en service dans deux mois. Nous travaillons à la mise en place d’un système de reconnaissance d’assurance qualité. Dans une première phase, nous avons choisi une solution d’accréditation Cofrax sur des programmes d’analyse de sols et de boues. Les déterminations se réalisent d’après des paramètres de caractérisation de sols (granulométrie), des éléments nutritifs, des éléments traces métalliques (amiante, plomb, mercure, etc.) et des micro-polluants organiques. Leurs résultats doivent être validés puis enregistrés dans un système de type LIMS. (diapositives 1 à 7)

Nous avons donc besoin d’un système de gestion de l’information conforme aux normes d’assurance qualité en termes de traçabilité, de suivi des échantillons et des bulletins édités, qui soit, en outre, standard (pour pouvoir être géré par des non-informaticiens) et évolutif (compte tenu de son coût d’acquisition et d’installation). Le système informatique actuel développé sur mesure est en cours de remplacement par un système de type LIMS, fourni par la société AB Bio-système, doté d’un serveur de données type Unix, d’une base Oracle et de postes de type Windows. Il doit nous permettre de gérer toutes les informations du laboratoire, à savoir les fichiers clients, les facturations, les devis, le catalogue analytique, les échantillons, les programmes d’analyses, les procédures particulières, les résultats et l’édition des bulletins. Avec le système LIMS, chaque échantillon, à son arrivée au laboratoire, reçoit une référence unique. Il est affecté à une semaine provisoire puis définitive et associé à un type de matériel. Les compositions de ces semaines de travail provisoires, créées au niveau du LIMS, sont accessibles à tous les techniciens du laboratoire sous forme de fichiers html sur le réseau interne, qui repèrent ainsi les bordereaux en attente. (diapositives 8 à 10)

Nicolas PROIX illustre son propos par une description de captures d’écran du système (diapositive 117).

Les bordereaux surlignés font l’objet d’une fiche anomalie. Ils correspondent à des échantillons, pour lesquels l’analyse déroge au protocole standard. La fiche décrit les modifications à apporter. Les analyses sont programmées par semaine de travail. Le lundi de la semaine i-1 s’organise la semaine i. Des feuilles de travail par détermination sont éditées, que le technicien peut récupérer le lundi i-1 pour la semaine i. Au fil des analyses, les résultats sont transférés dans le LIMS. Si le programme de la semaine i s’épuise avant la constitution de celui de la semaine i+1, le système déclenche une nouvelle édition de feuilles de travail constituées des échantillons en attente placés dans les semaines provisoires. Cette édition est journalière, en fonction des résultats enregistrés sur le LIMS, jusqu’à élaboration du plan de travail de la semaine suivante.

Le LIMS édite des plans d’analyse par détermination et par matériel, en y intégrant des échantillons de contrôle interne. Les références des échantillons sont entrées manuellement dans le LIMS. Nous envisageons évoluer vers un système de référencement par codes barres. Pour traiter les travaux particuliers, - nécessitant une adaptation du protocole -, il est essentiel que le technicien puisse disposer des informations spécifiques s’y rapportant. Nous les communiquons par le réseau interne, en y scannant les courriers des chercheurs qui décrivent les manipulations ou les recommandations des ingénieurs. Le technicien a la possibilité de sauvegarder sa manipulation sur un fichier Excel, afin de garder la mémoire des expériences. (diapositives 13 à 21)

Nous avons décidé, dans la phase transitoire, de ne pas relier les appareils de mesure au LIMS. Ainsi, seuls les résultats propres sont transférés. Lorsque le coefficient de variation sort du cadre, l’analyse de l’échantillon n’est pas transmise au LIMS. L’enregistrement des résultats s’effectue par le biais de fichiers ARE et les bulletins s’éditent de manière automatique après la réalisation d’une série de tests de cohérence. Les résultats de l’analyse d’un échantillon accompagné d’une fiche anomalie sont validés manuellement. L’utilisation d’un système de type LIMS permet une gestion saine et conforme aux exigences de l’assurance qualité. A ce jour, nous n’exploitons qu’une part des possibilités du LIMS mais nous continuons à développer ce logiciel. Le choix du LIMS a été dicté par son caractère standard. Toutefois, après la période de développement et de paramétrage, force est de constater que le produit, de fait dérivé, est d’un accès difficile pour le non initié aux techniques informatiques. Nous aspirons à connecter les appareils de mesure au LIMS sous un délai de deux ans. (diapositives 21 à 26)

II. Le LIMS de l’Unité Mixte de Recherche pour les xénobiotiques de Toulouse (Alain PARIS)

Notre laboratoire s’intéresse au devenir de plusieurs molécules - antibiotiques, additifs, stéroïdes - utilisées en élevage ou en traitement de cultures pour identifier les résidus dans les produits alimentaires et leur éventuel potentiel toxique.

La qualité des cahiers de laboratoire qui rendent compte dans le détail du processus de recherche est diverse. Les feuilles volantes, scotchées, les impressions non commentées obscurcissent le déroulé de la recherche. Le cahier numérique peut-il aider à restituer cet historique ? Du point de vue du chercheur, cet aspect est essentiel.

L’étude des métabolismes répond à une logique d’“essai-erreur”, par laquelle se construisent les méthodes. Les études, souvent longues, sont multidisciplinaires. Notre activité sous-tend la déclinaison toxicologique, qui se traduit en termes de Signatures Biologiques, résultante chimiométrique des perturbations métaboliques appliquées à l’organisme par une substance. Afin de décrire le processus de recherche analytique, je prendrai l’exemple d’une expérience visant la compréhension des phénomènes d’initiation de cancers, et plus spécifiquement des cancers du sein et de l’utérus. Il s’agit d’une synthèse d’adduits d’œstrogène étudiée aux nucléosides. Trois étapes se sont succédées : celle de synthèse, de purification préparative, et celle analytique avec, en parallèle, des études menées en spectrométrie de masse et en RMN. Le volume de cette production de données multi-acteurs pour la rédaction d’une thèse est évalué entre 20 et 50 méga-octets. Dans ces conditions, il importe d’avoir la mémoire des résultats obtenus. Avec des cahiers de laboratoire composés de feuilles volantes, il est à craindre qu’elle ne disparaisse prématurément, surtout si les acteurs sont amenés à changer. Cet impératif de conservation des expériences a motivé l’acquisition d’un outil dit LIMS, nommé Nautilus (Thermo LabSystems). Il convient d’appréhender les choses avec objectivité en ce qui concerne la mise en place de ce type d’outil qui correspond à une contrainte logicielle de configuration et d’organisation dans une base de données. La configuration de Nautilus à notre référentiel qualité a nécessité l’engagement d’un informaticien pendant plus d’une année. Par le LIMS, la traçabilité des échantillons, des processus, des résultats, des validations et des audits est obtenue. Son efficacité dépend de la pertinence de l’analyse du système de production de l’information dans l’organisation scientifique. Elle suppose de cerner de manière fine les acteurs, les systèmes de décision et les contingences de cette dernière.

Les coûts d’achat, de validation et de maintenance d’un système LIMS sont dissuasifs. En outre, il suppose une forte mobilisation des ressources, qui ne peut être acquise sans une politique volontariste de l’autorité hiérarchique, et que soit consenti un effort important sur la formation des acteurs. Par ailleurs, la rigidité inhérente aux systèmes reposant sur des bases de données entrave l’adaptation immédiate à de nouvelles configurations de production.

La notion de densité informationnelle dans la production scientifique me paraît majeure. Elle exprime le ratio du temps effectif passé pour traiter une information au volume que cette information constitue. Le travail du chercheur consiste donc à apporter une valeur ajoutée scientifique conséquente. A mesure que cette densité augmente, le volume d’information pour la stocker se réduit. Le cahier de laboratoire électronique ne résout pas le problème de l’évolution de cette densité à chaque étape de sa documentation.

Dans le processus de construction de la recherche, les idées supposées fécondes une fois organisées, seront éprouvées par des protocoles expérimentaux et donneront lieu à une production de données, qui peuvent s’organiser facilement dans un LIMS. A mesure que le volume de données augmente, le cahier de laboratoire conventionnel est de moins en moins à même de prendre en compte de façon satisfaisante les données brutes et les méta-données ainsi générées. Dans ce flux d’informations qui fait l’activité scientifique, il s’agira alors de positionner le LIMS et les algorithmes de retraitement dûment documentés. Le LIMS reçoit et organise les informations au regard de plans expérimentaux par le biais d’enregistrements manuels ou d’interfaçage avec l’instrumentation. Il prépare les données qui feront l’objet de retraitements ultérieurs, véritable valeur ajoutée scientifique. Le cahier de laboratoire conventionnel peut dès lors reprendre ces notions méta-interprétées, consignées à la main. En effet, il n’est pour l’instant de meilleur portable que le cahier ! Par une alliance, que je pense efficace, entre le papier et le numérique, le processus de recherche pourra donc être re-documenté. Avec le cahier électronique de laboratoire, l’archivage devient intelligent et le cahier conventionnel redevient intelligible.

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Débat avec la salle

Un étudiant, DEUST biotechnologies (Orsay)

Utilisez-vous un LIMS ou une base de données ?

Alain PARIS

Le LIMS est une sur-couche logicielle à une base de données.

Ghislaine CHARTRON

Quelles différences entre Nautilus et Access ?

Alain PARIS

Il nous faut reprendre quelques définitions ! La base de données est un mode, sous-jacent, de tri des informations. L’utilisateur ne sait pas qu’il a affaire à elle. Il va accéder à l’outil LIMS par, dans le cas que je viens d’exposer, l’explorateur Nautilus - qui pourrait être Kalabie ou Elan -. Le LIMS et la base de données ainsi se conjuguent.

Patrick ZABORZKI

Par les exposés de cette journée, on comprend que le LIMS est plutôt utilisé comme une aide au stockage de bases de données sur des expériences répétitives. J’ai l’impression que le cahier de laboratoire sera utilisé pour consigner les variations et donc… la recherche.

Alain PARIS

Cela est fonction du niveau de la recherche. Si elle concerne des paramètres, elle s’orientera vers la base de données. En revanche, s’il s’agit d’une réflexion sur des méta-données respectant le processus scientifique, elle regarde le cahier.

Ghislaine CHARTRON

L’instrumentation massive à laquelle est confrontée la recherche ne divise-t-elle pas le cahier de laboratoire en deux objets distincts : un gestionnaire de données brutes - le LIMS - et le cahier version Pierre et Marie Curie, trace du processus de réflexion des chercheurs ?

Alain PARIS

Je le crois, et pour longtemps encore !

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Le cahier de laboratoire électronique : contraintes, gestion et applicabilité

Didier TROTON, Directeur Assurance Qualité, société DocWave

Mon propos s’appuie sur les expériences de la société DocWave avec les industries pharmaceutiques, qui évoluent dans un cadre particulièrement contraignant. Elles s’internationalisent en se regroupant par fusion ou rachat. Les plus importantes détiennent moins de 10% des parts du marché du médicament. Les réglementations qu’elles subissent tiennent compte des soumissions multi-étatiques. Dans ce contexte compliqué, le gain de compétitivité est le maître mot. Il implique d’accélérer les processus dans les laboratoires et de gérer les documents au format électronique. Les contraintes réglementaires qui s’appliquent sont les textes de la FDA, qui régissent la mise sur le marché de nouveaux médicaments, et notamment le célèbre 21 CFR part 11 sur la gestion des enregistrements et la signature électronique. L’interprétation de ce texte de 4 pages suscite une abondante littérature, mais il est écrit pour favoriser les nouvelles technologies en matière de gestion de l’information. En Europe, les agences du médicament travaillent à une harmonisation des règles. Les industries pharmaceutiques sont soumises à des normes de qualité édictées par la FDA. Cette Administration américaine se réserve le droit de réaliser des audits sur site, et elle ne tolère aucun manquement. Ses injonctions sont, en outre, doublées de celles des organismes certificateurs.

Le cahier de laboratoire électronique doit permettre de sécuriser et de fiabiliser les informations, rendant le numérique équivalent du papier. La préservation des bonnes pratiques, la prévention des modifications frauduleuses, la reconnaissance de la signature électronique et l’utilisation des nouvelles technologies forment les résultats escomptés de la version numérique du cahier. Les bénéfices attendus peuvent se décliner comme suit : légalisation des enregistrements et de la signature électroniques, utilisation des nouvelles technologies et autorisation des soumissions électroniques.

Un enregistrement se définit comme toute combinaison de textes, de graphiques, de données, etc. dans un format digital. Dans cette optique, le cahier de laboratoire en est un. Il doit permettre, pour l’industrie pharmaceutique, l’application de procédures internes par rapport à la validation des systèmes. Pour qu’il l’utilise à bon escient et de manière efficiente, le chercheur doit être formé à son maniement. Le cahier numérique assure la protection des enregistrements, en en sécurisant l’accès. Dans cette perspective, des modules de gestion des groupes d’utilisateurs et de protection contre la sortie de documents sont installés. De manière classique, les enregistrements sont journaliers. L’auteur peut en modifier le contenu sans remplacer l’existant. Ensemble de documents composites, le système de gestion du cahier numérique doit notamment comporter les fonctions suivantes : regrouper les documents ; sécuriser l’intégralité des données du cahier ; archiver ; publier au format PDF ; assurer l’indépendance du document par rapport au système de GED. La gestion et la modification des enregistrements implique l’absence de “blancs”, l’autorisation d’ajouts, l’identification de l’auteur, la création d’un lien inaltérable entre le document et le cahier, etc.

L’authentification des auteurs doit aussi être intégrée au système, sous la forme de signature électroniques. En la matières, les signatures non biométriques présentent plus de contraintes que leurs homologues biométriques. J’affiche, à titre personnel, une préférence pour la signature à main sur tablette, très fiable puisqu’elle fonde son authentification sur la forme, la vitesse et la pression de la griffe manuscrite. Le nom, la date et la raison de la signature, ainsi que l’image de la signature, estampillent tous les enregistrements. Ces mentions sont indissociables, non copiables et non transférables. L’application des droits d’accès, le verrouillage de certaines fonctions de sortie des documents et une sécurisation renforcée de la signature électronique sont des apports importants de la gestion numérique du cahier de laboratoire.

En conclusion, j’attirerai l’attention sur l’importance de l’aspect humain dans la conduite d’un changement aussi radical que la mutation du support du cahier. Bien souvent, les technologies sont prêtes avant les hommes !

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Débat avec la salle

M. de LAHONDES, société SIBIO

Les textes français relatifs à la signature électronique n’imposent-ils pas l’identification de l’auteur par carte magnétique ?

Didier TROTON

Il s’agit d’une préconisation…très onéreuse, qui n’est pas exclusive d’autres systèmes. Les industries ne la relaieront pas.

Anis KADOURI

Quid de la reproduction de la signature ?

Didier TROTON

La signature est intégrée au document et ne peut, en conséquence, pas être dupliquée.

Patrick ZABORZKI

Je partage votre analyse sur l’implication et la formation des personnels. D’après votre expérience, combien de postes doivent être dédiés au maintien et à l’évolution du cahier de laboratoire numérique ? Comment faire face à ces enjeux sans une équipe d’informaticiens ?

Didier TROTON

Je ne peux vous fournir une réponse chiffrée. Les prestations que vous évoquez ont un coût et les compétences sont détenues par des spécialistes. Tâchons, chacun dans son métier, de construire ensemble !

Ghislaine CHARTRON

Quels sont, exceptée la recherche, les autres secteurs d’application ?

Didier TROTON

L’industrie en général, la cosmétique et la chimie en particulier sont également très demandeurs.

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Synthèse du colloque

Ghislaine CHARTRON
Présidente de la journée

La mise en place d’un cahier de laboratoire, qui résulte d’une demande institutionnelle, est corrélative de celle d’une démarche qualité. Cette dernière concerne aujourd’hui la recherche, qui se vit historiquement comme un monde à part. Elle est motivée par un cadre réglementaire évolutif et contraignant. Dans différents secteurs, les chercheurs, du fait d’une instrumentation croissante qui leur pèse, adhère en partie à cette méthode de traçabilité. Pour autant, il convient de nuancer cet intérêt, la recherche privée étant plus sensible aux sirènes du cahier que son pendant public. La recherche expérimentale, la chimie et la pharmacie sont ses secteurs de prédilection, quand, en parallèle, les sciences humaines et sociales semblent l’ignorer. L’offre en cahier de laboratoire s’avère multiple. Elle ne peut être générique et doit s’individualiser par champ d’intervention. La volonté politique de l’autorité hiérarchique et la sensibilisation du personnel constituent des conditions sine qua non à une utilisation généralisée et efficiente du cahier de laboratoire. En effet, une technologie ne s’impose pas ; les hommes se l’approprient. Cette problématique pose avec une acuité particulière la question de la conduite du changement.

Le cahier de laboratoire, reflet des évolutions de la structure de la recherche, subit simultanément celles qui animent la société et la science. Trop sollicité pour demeurer un objet unique, il devient dual, partagé entre le LIMS et son intimité avec le chercheur.

Outil essentiel de préservation de la mémoire de la science, le cahier de laboratoire devra pouvoir être archivé. Le mode actuel d’un archivage confié à l’utilisateur du système me paraît éminemment dangereux et de nature à mettre en péril l’essence même du cahier de laboratoire. L'archivage du cahier de laboratoire numérique est donc une question qui reste ouverte.

Je tiens à remercier très chaleureusement les intervenants et les participants à cette journée pour la qualité et la densité des échanges ainsi que Supélec d’avoir accepté de nous accueillir.

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